Le service Rousseau de Creil Montereau
- kitchenbrocante
- 18 févr.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 mars
Ce service emblématique du XIXe siècle a été produit en 1866 jusque dans les années 1930, annonçant le début du Japonisme en France et en Europe.
En 1854, le Japon s'ouvre au commerce étranger, après plus de 200 ans d'autarcie, créant une réelle fascination en France pour ce pays énigmatique, notamment avec la découverte de l'artiste Hokusai, mort seulement quelques années auparavant. Les estampes d'Hokusai sont largement diffusées et connaissent un grand succès dans toute l'Europe.
Portrait du peintre japonais Hokusai et estampes
C'est ainsi que nait la mode du Japonisme qui va avoir une grande influence sur les Arts décoratifs de la seconde moitié du XIXe et même engendrer le style Art Nouveau à la toute fin du siècle !
Tableaux européens du XIXe de femmes autour d'objets d'art japonais (Gustave Léonard de Jonghe, James Tissot, Claude Monet)
Egalement à cette même période, en opposition à l'expansion des villes et l'industrialisation grandissante, les citadins recherchent la nature. Partout on représente des oiseaux et des fleurs : en peinture, architecture, même en bijouterie, les vêtements se parent de plumes, les chapeaux des dames d'oiseaux naturalisés ! La bourgeoisie s'éprend de jardinage, c'est la période où de nombreuses nouvelles variétés de roses sont créées.
Photographie de Felix Bracquemond et de la manufacture de Creil, gravure de l'exposition universelle de Paris en 1867.

Surfant sur cette vague encore naissante, la manufacture de Creil Montereau en pleine expansion, détenue par les associés Lebeuf et Milliet, propose à l'exposition universelle de 1867 à Paris, un nouveau service orné de motifs animaliers et végétaux inspirés des estampes japonaises d'Hokusai.
C'est Félix Bracquemond, un artiste graveur, qui réalise l'ensemble des décors de ce service en collaboration avec Eugène Rousseau (d'où le nom du service Rousseau) un marchand éditeur qui commercialisera le service dans sa boutique parisienne.
Le style est très novateur et le succès immédiat ! Le jury récompense d'une médaille de bronze Eugène Rousseau et d'une médaille d'or la manufacture de Creil-Montereau.
28 planches de décors très variés d'animaux de basse-cour, de poissons et crustacés, d'insectes et de végétaux sont gravées à l'eau forte, imprimées, découpées, puis appliquées sur la faïence fine de Creil-Montereau, ensuite peint à la main sous couverte pour un magnifique rendu des couleurs.
La bordure bleue caractéristique, dite "peignée" que l'on retrouve sur toutes les pièces, est appliquée à la main. Elle permet d'encadrer l'ensemble, tel un tableau.
Exemples d'estampes d'Hokusai rapprochées de pièces du service Rousseau de Creil Montereau
Parallèlement, au cours du XIXe siècle, les nouvelles techniques industrielles permettent de produire en grande quantité et de rendre plus accessible une vaisselle de très belle qualité. La table devient un espace d’élégance et de mise en scène du quotidien dans chaque maison bourgeoise, permettant d'afficher son statut auprès de ses invités.
On comprend que le timing était parfait pour assuré le succès que ce service devenu aujourd’hui pièce de collection recherchée, témoignant du savoir-faire de Creil Montereau et de l’évolution du goût bourgeois au XIXᵉ siècle : un dialogue entre art, inovation technique et art de vivre.
Chaque assiette raconte une époque… et une certaine idée du beau.














































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